Mercredi 18 avril 2012
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Un vieux papier datant du 15 juillet 2005 (publié dans Sud-Ouest béarn et Soule et
Euskobizia.com). C'est un article que j'aime bien, car j'ai passé un bon moment à interviewer la personne dont il est question ici ; je l'ai "shootée" comme un malade, et je suis
assez content du résultat final. Je le republie ici sur demande de... ma Maman, qui a flashé sur ses créations!
Si certaines choses ont changé depuis, Battitta continue aujourd'hui de créer et vendre ses
boucles d'oreilles un peu partout dans le pays, depuis le magasin Xibero Bio à Mauléon Licharre jusqu'à la galerie d'art de Lindy Gander (Le petit chien), à Navarrenx.
Battitta Guiresse, artisan créateur et fabricant de bijoux. Portrait
Battitta Guiresse est bien connu des souletins pour son implication au sein notamment de Su Azia. Ce que les gens savent
moins, c’est quel est son véritable travail. Il faut dire que l’homme est assez discret. Et pourtant, ses œuvres mériteraient d’être portées à la lumière. Battitta est artisan créateur et
fabricant de bijoux pour dames depuis 25 ans. « Je suis tombé dans l’orfèvrerie complètement par hasard », raconte t-il. « J’ai toujours été un manuel, mais ce n’était
pas vraiment mon truc. Mon idée, c’était de voyager à travers le monde, et d’être indépendant. Mais pour ça, il fallait des moyens. »
Et quoi de mieux que de produire des bijoux et les vendre directement pour gagner de l’argent et voyager léger ? Après
ses études, il a décidé de s’offrir une année sabbatique avant d’entrer dans la vie active. En réalité, son break a duré 3 ans. Temps qu’il a mis à profit pour faire son tour du monde.
« Comme je voulais faire une vraie coupure, il m’a semblé plus judicieux de partir vers l’ouest. » Direction les States, où il a vite fait de vider ses économies. Puis, c’est
le Mexique et la Colombie qui l’ont l’accueilli. C’est là qu’il a rencontré son destin. « Une personne qui faisait des bagues en laiton et les vendait dans la rue m’a appris les
premières bases dans le métier», se souvient-il. Il a ensuite poursuivi ses pérégrinations le long de la côte pacifique jusqu’au sud du Chili, où il avait l’intention de s’embarquer à
bord d’un voilier pour l’Australie, apprenant des uns et partageant ses connaissances avec les autres.
Le tour du monde
« Sauf qu’arrivé à Valparaíso, je me suis rendu compte que ce type d’embarcation n’existait pas.
Je suis donc reparti vers le nord, en passant par l’Amazonie, le Brésil, la Guyane… » Puis direction la Martinique où – à cause de la saison des cyclones qui se profilait
– il a dû faire une croix sur l’océanie. il
n’a pu que rallier Saint-Malo en bateau. « J’y ai fait la saison estivale. Ça vendait assez bien, et j’ai pu découvrir qu’on pouvait parfaitement vivre de ça, ici aussi.
Ensuite, je suis allé en Asie, où j’ai aussi appris quelques ficelles du métier. En Amérique du sud, c’était plus facile car les gens sont indépendants et travaillent d’un bout à l’autre de
la chaîne. En Asie, c’est l’usine et chaque ouvrier ne s’occupe que d’un seul stade de la fabrication. Et puis le contact était plus difficile : il y a les barrières culturelle et
linguistique et il n’y a aucun moyen pour un blanc de se fondre dans la masse ! »
Mais Battitta est un adepte du système D, et a toujours eu soif de techniques inhabituelles dans notre monde occidental, où
tout est prémâché, et où on ne sait plus faire ce que nos anciens savaient faire par eux mêmes. « C’est une vraie chance d’avoir appris ce métier dans des pays où il n’y a aucun moyens.
Avant d’apprendre à travailler, j’ai dû apprendre à me débrouiller. C’est la richesse des pays en voie de développement. Leur savoir est bien plus important que celui qui nous
reste ».
Système D
Petit à petit, après avoir écumé les foires artisanales et les marchés de Noël, Battitta est revenu à Mauléon où il s’est
sédentarisé. Il a amassé du matériel (bien souvent entièrement bricolé par ses soins, comme cette machine a café qui lui sert de bac d’électrolyse pour le plaquage or, ou encore ce tonneau de
polissage fait avec une trappe de visite pour les eaux usées !) et des tas de techniques (comme la soudure à la bougie ou même au bidon d’essence, pratique assez dangereuse s’il en est) dont
il n’utilise qu’un vingtième. « Je me suis passionné pour les pierres semi précieuses, et j’en ai acheté beaucoup au cours de mes divers voyages. Au fil du temps, je suis donc passé du
bijou simple en laiton au pendentif en céramique, puis à la pierre. La pierre a une histoire, une provenance, une charge émotionnelle importante. Certains croient même à ses vertus
médicinales. »
Après les bagues, les bracelets, les colliers et enfin les boucles d’oreilles, dont il a fait sa spécialité. Il n’y a pas
de contraintes de tailles et c’est beaucoup plus simple à gérer en terme de stock. « Et puis des boucles, ça s’achète plus facilement. Les femmes en sont assez friandes et se sentent
nues sans elles. D’ailleurs, c’est la seule chose que les hommes oublient de leur ôter ! » sourit-il.
A l’instinct
Battitta fabrique lui même dans son atelier (qui fut autrefois le repaire du dernier des sabotiers de Soule) chacune des
pièces qui composent ses bijoux (en laiton plaqué or ou argent, ou en argent massif), et les assemble ensuite. Tous sont ses propres modèles qu’il crée à l’instinct, hors des courants de modes
relayés par la presse féminine ou de la typicité basque. Il est constamment en recherche aussi de nouvelles idées de formes et d’assemblages, qu’il teste sur ses clientes.
Et comme il est habile de ses mains, il va même jusqu’à fabriquer ses propres présentoirs qu’il livre en kit à ses
dépositaires. On peut trouver ses bijoux* jusqu’en Dordogne ou même en Bretagne, mais au Pays Basque, seuls deux lieux privilégiés en vendent : les ateliers du Moulin à Espelette, et –bien
sûr- le magasin des produits régionaux d’Allande Etchart à Mauléon.
* Dans une fourchette de prix entre 20 et 50 euros pour environ une cinquantaine de modèles de boucles d’oreilles.
E.H.BOYER
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