Mercredi 12 septembre 2007
Eh oui, je ne déroge pas à la règle : comme tous les mâles de mon espèce, je me montre sous mon vrai jour dans certaines conditions. Pour
quelques-uns (que je ne fréquente pas), c’est l’alcool qui libère le butor qui est en eux. (Moi, je suis juste idiot quand je suis bourré… Pas méchant, mais complètement à l’ouest !)
Non, je deviens un vrai connard à une seule occasion : quand je monte dans ma bagnole ! Et comme c’est plusieurs fois par jour, ça peut vite devenir pénible et problématique à la longue,
notamment pour les personnes qui m’accompagnent sur la route… Ma pauvre épouse et mes enfants en font donc régulièrement les frais. Mes potes Romain et Philou en ont eu un petit aperçu, et en ont
même fait un gimmick (En fait, ça m'attriste de savoir que quand je mourrais, on ne se rappellera pas de moi parce que j'étais un brave type, au fond, mais à cause de ce triste épisode...)
Comment ça se manifeste ?
J’insulte à tout va, je râle, je jure comme un charretier (excellent exemple à donner aux enfants qui n'en perdent pas une miette), je hurle comme un veau et je donne du « doigt d’honneur » à
tour de bras. J’en ai après les petits vieux qui ne savent jamais où ils vont avec leurs « suppositoires à camion » ; les touristes qui se traînent le cul (comme si j’avais que ça à foutre : je
travaille, moi, Madame!) ; les cyclistes qui roulent par deux ou en peloton, les piétons qui traversent n’importe où sans regarder ; les routiers qui s’endorment au volant et se déportent sur la
voie d’à côté ; les chats qui se jettent sous mes roues ; les paysans et leurs machines agricoles volumineuses qu’ont rien à foutre sur la voie publique ; les cantonniers qui font des putains de
trous partout depuis des mois sur la même portion de route et qui semblent bien se foutre de ma gueule au passage ; la gonzesse tirée à quatre épingles avec son gros 4x4 qui prend toute la place
dans la rue de la Navarre ; les cons garés à même le trottoir qui gênent le passage et qui vous renvoient chier quand vous les engueulez ; le petit grincement inhabituel à l’arrière de la
voiture… J’enrage après les képis qui sont jamais là quand le petit péteux en BMW (dernier modèle) me double à 90 Km/h en plein centre ville, ou quand je sais qu’un groupe d’élus va sortir
de l’apéro du vendredi soir complètement torché, et qu’on leur fera jamais rien…
Donc je roule plus sec, plus vite, et je fais peur à tout le monde dans l’habitacle (c’est le seul point jouissif de l’histoire, d’ailleurs).
Bref, j’ai les nerfs à vif en bagnole. Je suis un autre homme. Que dis-je, je ne suis plus un homme du tout ! Le pire, c’est qu’en dehors de ces moments de folie furieuse, je suis un brave gars
qui ne ferait pas de mal à une mouche ! C’est peut-être d’ailleurs ce qui me sauve d’une beaufferie définitive irréversible, et empêche ma femme de se barrer une bonne fois pour toutes, avec ses
valises et les gosses sous les bras…
Ce qui me rassure, c’est de savoir que je ne suis pas le seul dans ce cas là. Mais ça ne m’empêche pas de me demander pourquoi Dr Boyer devient Mr Hyde… Pourtant, je ne conduis pas mieux que les
autres si je regarde bien… Je suis imprudent, je roule souvent trop vite : je respecte rarement les limitations de vitesse (parce que je suis toujours à la bourre) ; il m’est même arrivé de
prendre le volant ivre mort en rentrant des fêtes de Mauléon. A tel point que j’étais obligé de fermer un œil pour ne pas voir la route en double ! Non, je ne suis vraiment pas un exemple de
bonne conduite en voiture… Alors pourquoi ?
Suis-je destiné à faire un « vilain vieux » ?
Fabienne a peut-être eu un élément de
réponse l’autre soir : « ça doit venir du fait que tu n’aimes pas que les choses échappent à ton contrôle. Tu ne maîtrises plus rien en voiture, et ça doit te faire paniquer… »
Mouais… Pourquoi pas…
Plus j’y pense, plus je me dis qu’elle a raison. Car je pique aussi des crises mémorables quand je bricole et que je n’arrive pas -par exemple- à visser une pauvre cheville dans le placoplâtre ;
ou lorsque le chat –propre depuis des mois- défèque soudainement à gros bouillons sur le canapé ; ou quand l’ADSL -qui tourne comme une horloge suisse d’habitude- décide de faire grève alors que
j’ai du boulot en retard ; ou carrément quand la cellule de lecture de la chaîne hifi refuse de reconnaître un CD tout neuf…
Un bon point pour moi : ma violence reste verbale… Les rares fois où je suis passé aux mains, c’était contre une porte, un distributeur de monnaie, ou le mur. En général, ça me calme très vite
d’avoir les phalanges en sang…
En fait, c’est un peu comme si le monde devait tourner autour de moi sans me faire chier, sinon je me fâche! Serais-je un foutu enfant gâté ?
N’empêche, je me demande s’il existe des cures, des patches, ou des genres de « stages zen » pour espérer guérir de ma connerie… En bagnole!
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