Je suis en train de lire un livre très intéressant d'Olivia Recasens,
Didier Hassoux et Christophe Labbé, intitulé "L'espion du président", et sous-titré "Au coeur de la police politique de Sarkozy". On y découvre
les dessous de la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur - le FBI à la française - lol) et le fonctionnement très particulier de son responsable, Bernard
Squarcini, dit le Squale. Tout un programme!
On s'aperçoit que, selon les auteurs, le successeur des RG (Renseignements Généraux) est effectivement un
repaire de requins à la solde du gouvernement, prêt à tout (même à largement dépasser les bornes de la légalité) pour démasquer une "gorge profonde" (rien à voir avec le film de boules du début des années 70, avec Linda Lovelace) et protéger l'image présidentielle sous prétexte de "secret d'état". Ça complote, ça
triche, et surtout, c'est très moche (bien que plus rien ne me surprenne, venant de Sarkozy).
Mais ce n'est pas vraiment le sujet de ce post.
Je vous ai convoqués aujourd'hui pour vous parler d'une expression que j'ai entendue des dizaines de fois lorsque j'étais correspondant local de presse, qui m'énerve au plus haut point, et qui est très souvent employée dans ce livre, à savoir "off the record" (Hors enregistrement, pourrait-on traduire). De quoi s'agit-il?
C'est une façon de dire à un journaliste que ce que son informateur va dire ne doit pas être divulgué. Un genre de
confidence, si vous voulez. Et c'est là que ça se complique : Je comprends parfaitement qu'une personne veuille rester non-indentifiée. C'est normal, surtout si sa vie (ou celle de sa famille),
son emploi ou même sa réputation sont susceptibles d'être menacés par les informations importantes qu'elle souhaite révéler. C'est majoritairement le cas dans ce livre.
Mais au beau milieu d'un entretien, demander à un journaliste de se mettre "en off" pour lui raconter un truc qu'il n'aura pas le droit de répéter, ça n'a aucun sens. C'est soit pour se
faire mousser, genre :
- Je te fais confiance, hein? Tu sais que machin fait cocu sa femme avec le chien du voisin? Si, je te jure, mais c'est "en off" tout ça, bien sûr, hein? On est copains!
Soit justement, c'est pour que le journaliste réutilise ses propos, mais en masquant habilement sa source. Genre :
- Un citoyen autorisé La rumeur populaire nous a informé que machin cocufiait son épouse avec le labrador de son voisin. L'intéressé n'a pas souhaité commenter cette information de très haute importance, mais l'enquête est ouverte.
Super intéressant, non? Quel scoop! ça valait le coup de le raconter sous le sceau du secret...
Comme je le disais plus haut, j'ai eu le cas à plusieurs reprises, avec des élus locaux qui faisaient des révélations "croustillantes" (traduisez : sans intérêt), mais sous le couvert du "off". Comme si le fait de livrer des petits secrets aux journalistes et CLP (autour d'un verre de pastis, comme il se doit) leur assurait une sorte de relation de confiance, voire une forme d'intimité avec la presse, détentrice du fameux quatrième pouvoir, comme vous le savez.
C'est globalement bien joué, car en faisant ami-ami, le politique (ou le patron, qui bien souvent sont les mêmes, en tout cas en Soule - mais ce qui est valable ici l'est aussi dans les hautes sphères de l'état, apparemment) achète peu à peu le silence du reporter sans vraiment le corrompre, et se confère ainsi une sorte d'impunité relative.
Du coup, vu qu'on est "copain comme cochon" avec le politique, même si on sait pertinemment qu'il y a "piballe sous le caillou" et qu'on a même des preuves, comme on est de connivence, on ne dit rien. Mieux même : on abonde dans son sens, en tournant l'article de telle façon que la voix du politique devienne une évidence pour tous. Tout va très bien, madame la marquise!
Oui, jusqu'ici, tout va bien...
Moralité : Quand on travaille dans la presse, ne JAMAIS faire ami-ami avec les politiques. N'oubliez pas que tout ce qui les intéresse, c'est LE POUVOIR. N'oubliez pas non-plus que les oreilles qui reçoivent (et parfois rapportent) la confidence lui donnent du crédit indirect. Refusez la manipulation du "off!"
Osez militer pour le "soit tu assumes, soit tu la fermes!"
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