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  • : Xiberoland - ex CLP64
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  • : Ce blog est celui d'un ex-correspondant local de presse des Pyrénées Atlantiques vivant en Soule, écrivaillon, gribouilleur et web-addict à ses heures. Mais surtout très casse-pieds...
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Un peu de pub perso...

 l'infection

"L'infection T1 : Contage",
par Etienne H. Boyer


Éditions Astobelarra - le Grand Chardon

EN SOLDE! 9 euros, 378 pages, format 11.5x20

Le blog officiel du livre


Genre : roman fantastique

 

Résumé : Patrice est tombé amoureux de Mathilde, une jeune femme qui vient d'arriver en Soule. Lui est tout sauf un Don Juan, mais il a plus d'un tour dans son sac, malgré les apparences...
Il va contourner ses défauts rédhibitoires grâce à Internet. Mais il va vite apprendre que tout se paie, en ce bas- monde.
Rencontré dans un monde virtuel en trois dimensions, un génie digital exauceur de voeux va se charger de le lui rappeler, en l'entraînant dans une spirale cauchemardesque sans fin...


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 mauvais-berger

"Mauvais berger!",
par Etienne H. Boyer


Éditions Astobelarra - le Grand Chardon

10 euros, 90 pages, format A5

Le blog officiel du livre


Genre : tranche de vie

 

Résumé : Afin de s'installer en tant que berger, Etienne suit une formation agricole qui le conduit à effectuer des stages dans l'exploitation d'un berger éleveur en estives, dans les Pyrénées.
Mais petit à petit, le rêve de notre héros "néo-rural" s'émiette : les conditions de vie dans la bergerie sans confort sont difficiles, et le travail harassant est nullement reconnu.
Mais tout ceci ne serait rien sans les brimades de... la bergère!

 

Ce qu'en dit la presse :

 

Journal du Pays Basque, 12 avril 2008 : "(...) le style descriptif et le langage parfois cru donnent un ton réaliste à ce récit sans concession".

SudOuest, le 17 avril 2008 : "(...) un texte illustré par l'auteur lui-même, plein d'humour et d'autodérision (...)".

 

La Rébublique des Pyrénées, le 24 avril 2008 : "Une tranche de vie où toute ressemblance avec des personnages et des faits ayant existés n'est pas fortuite..."

Magazine Vent d'Oc, septembre 2008 : "Une lecture qui se fait à la vitesse de la lumière, tant l'on veut savoir à quelle sauce sera mangé ce néo-rural!!!"


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DARK XIBEROA

 

12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 13:30

Mes collègues ne perdent jamais une occasion pour se foutre de ma gueule (gentiment). En même temps, je leur tends beaucoup la perche. Si je voulais éviter ça, il me suffirait de ne jamais leur parler de ma vie privée, comme le font les autres, Yannick ou Henri, par exemple. Pette est un des premiers à m'avoir dit que je n'avais "pas de jardin secret" (ce qui est faux, bien entendu : je ne leur raconte pas tout - ni même dans ce blog - loin de là...).

Mais j'ai beaucoup trop d'anecdotes croustillantes pour les garder silencieuses et je sais que ça les fait rire. Si ça égaye leur journée, ça égaye la mienne ! Et puis en les racontant ou en les écrivant, je me libère de la mémoire pour autre chose. Enfin, je préfère que les gens sachent plutôt qu'ils ne découvrent par eux-même mes "honteux petits secrets". De fait, je suis toujours en train de me couper moi-même l'herbe sous les pieds. 

Il y a quelques temps, j'ai avoué à Simon (un autre de mes collègues de boulot) que j'avais en permanence dans mon coffre de voiture un sac contenant une tenue de rechange complète (en plus de tout un tas de petits trucs utiles comme une trousse de premiers secours, des ampoules neuves pour mes phares, des sacs de shopping, un rouleau de PQ, du paracétamol, etc.). Par complète, j'entends des sous-vêtements (caleçon et chaussettes), un pantalon, un tee-shirt, un sous-pull, un pull en polaire, une paire de chaussures et une chèche. Simon a ri. Il pense (et dit à qui veut l'entendre) que je suis un survivaliste. Mais je m'en défends carrément ! 

Même si le sujet m'intéresse (ne serait-ce que parce que ça peut me servir pour mes romans...), je ne suis pas un survivaliste. Il y a deux raisons principales à ce sac : 

1) ce sont des vêtements pratiques, confortables, secs et chauds qui pourraient se révéler utiles dans le cas où je rentrerai humide d'une randonnée, par exemple. Je sais, ça fait un bail que je ne suis pas allé marcher, mais je n'ai pas dit que j'y renonçais... Le fait que je les aie choisis dans des teintes plutôt kaki, terre ou sable ne tient pas du hasard. J'aime ces couleurs et en dehors du fait qu'elles ne sont pas spécialement remarquables dans la civilisation, elles sont aussi super efficaces pour passer inaperçu en pleine la nature. Bref, ce sont mes vêtements de tous les jours, mais en rab.

2) j'essaye d'être le plus autonome possible en cas de pépin. Et par "pépin", je ne veux pas dire - comme Francis Heaulme - que je compte massacrer de façon aléatoire des gens croisés sur ma route, avec cette possibilité de malencontreusement me salir avec leur sang et tripes. Je veux plutôt parler d'une de ces petites choses honteuses qui me sont déjà arrivées et qui font que la condition humaine est telle qu'elle est... (lire le 5ème paragraphe de ce billet). Comprenez-moi : je ne vis pas avec la peur absolue de me chier dessus à la suite d'un pet foireux. Mais comme c'est arrivé une fois (il y a 23 ans, certes), rien ne dit que ça n'arrivera pas une deuxième fois un jour. Un accident est si vite arrivé...

Ce n'est donc pas un sac de survie que j'ai dans ma voiture, ni un EDC (everyday carry - les objets qu'on porte tous les jours sur soi car ils sont utiles au quotidien, ou par simple croyance) ou un BOB (Bug Out Bag - sac d'évacuation en cas de catastrophe). Mon EDC, comme son nom l'indique, je l'ai en permanence sur moi, sauf le soir quand je rentre à la maison. Je vide tout dans un petit plat à gratin en grès qui trône sur l'îlot central de ma pièce à vivre. Mais sinon, chacun d'entre nous en porte un très personnel, et même Simon, ne l'en déplaise.

Les vêtements qu'on choisit font partie de l'EDC. Par exemple, moi, je porte des chaussures confortables pour la marche, généralement montantes. J'aime particulièrement les pantalons amples à poches (de type Cargo et pas forcément les treillis militaires ou les pantalons tactiques) parce que c'est confortable, ça laisse libre de ses mouvements et que ça permet d'y glisser le reste de mon EDC. Exit la banane ridicule que je portais au début des années 2000. Exit le baise-en-ville la sacoche qui ressemblait plus à un sac à main de femme (de par le bordel infâme qui y régnait) qu'à un véritable EDC. Aujourd'hui, tout cela est optimisé et loge dans mes poches.
Enfin, comme je suis un grand frileux, j'ai souvent, en plus de tout ça, une chèche et des gants à portée.

Qu'y a t-il d'autre, justement, dans mon EDC ? Il y a mes lunettes de vue, mes lunettes de soleil adaptées à ma myopie, ma montre, mon portefeuille avec mes moyens de paiement et mes pièces d'identité. Il y a aussi mon trousseau de clés diverses avec une clé USB (qui contient des sauvegardes - un truc de geek), un paquet de Fisherman's friend, un petit canif (avec de quoi ouvrir des bouteilles si besoin), mon smartphone et un carnet avec un stylo. Voilà pour les objets "utiles".
Ensuite, vient la partie "décorative" et/ou "superstitieuse", diront les mesquins. Je porte une chevalière en acier chirurgical qui représente l'emblème du crâne du Punisher (encore un truc de geek) et un collier porte bonheur tout simple (acheté à des indiens navajos sur le site de Monument Valley) avec un pendentif en os de buffle gravé représentant une pointe de flèche. 

Voilà. Vous voyez : pas de tarp, pas de machette Gator ni de katana, pas d'arbalète, pas de fusil à pompe, même pas un petit Jungle King 2 qui traîne... Pas de quoi faire un survivaliste, si ? 

Sinon, j'ai aussi un "EDC d'écrivaillon". Je vous le détaillerai dans un autre post sur l'autre blog, parce que là, c'est du lourd ^^

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 20:00

Shawn Coss - trouble de dépersonnalisationPlus j’avance, et plus je me rends compte que tout ce qui existe a un nom. On peut passer sa vie à essayer d’expliquer, de décrire une chose, mais si on n’a pas les bons mots, on ne peut pas la comprendre ni la faire comprendre aux autres.

Et donc hier, grâce à ce post qui n’arrête pas de tourner et retourner sur les réseaux sociaux, j’ai découvert que ces bizarreries que je vis de temps en temps ont aussi un nom. C’est même ce dessin de Shawn Coss (ci-contre) qui m’a ouvert les yeux, enfin… Ce que j’ai tenté plusieurs fois de vous expliquer dans ce blog en vous parlant de "mes absences" (au risque de passer pour un putain d’allumé du bulbe) s’appelle "troubles de dépersonnalisation" et "troubles de déréalisation". Les deux ont une définition très claire (pour le commun des mortels) dans Wikipédia.

Voici comment je les expérimente : le premier, trouble de dépersonnalisation, je le vis environ une à deux fois par mois. Il résulte généralement d’une période d’intense concentration (souvent quand j'écris), ou parfois d’un réveil difficile. Mais je ne contrôle absolument pas sa survenue. Je pose un œil sur mes mains, et tout à coup, il me semble que ce ne sont pas mes mains mais celles d’un mannequin, d'un pantin, d'un avatar, une enveloppe vide que mon esprit manipule à sa guise. C’est comme si j’étais hors de mon corps tout en y étant profondément accroché. Dans cette sorte d’état de transe, j’ai l’impression que rien de ce qui pourrait arriver dans le monde réel ne pourrait me toucher.

D’ordinaire, on a ce genre de vision pendant son sommeil, lorsqu’on rêve. Sauf que je suis bien réveillé et parfaitement conscient de l’être quand ça m’arrive. Le truc, c’est que c’est un instant très fugace. De l’ordre d’une fraction de seconde, puis c’est comme si j’étais aspiré dans la réalité, d’un seul coup. On est dans une espèce de mise en abîme tordue, dans laquelle je suis conscient d’être conscient et dans un état second à la fois. Et pile au moment où je constate que je me trouve dans cet état de grâce (oui, parce que même si ça fait un peu peur, on se sent super bien), je regagne mon corps et l’impression a disparu aussi vite qu’elle était venue, au point que je doute même de l’avoir vécue.

J’ai essayé à plusieurs reprises de me maintenir dans cette position pour voir jusqu’où je pourrais aller, mais impossible. Il y a toujours ce point de non-retour qui fait que je perds la sensation dès que j’en ai conscience. La seule fois où j’ai réussi à la faire durer plus longtemps, c’était au lycée, en cours de sport. Je m’étais isolé du groupe et mis en position du lotus, dans une des coursives du gymnase. J’étais en train d’inspirer et expirer profondément depuis quelques minutes, quand j’ai ressenti cet espèce de vide, de plénitude. La tête me tournait (l’afflux d’oxygène sûrement) et l’effet a duré quelques temps avant de se dissiper. Je n’ai jamais recommencé ce petit jeu depuis. Sans doute par peur de tomber dans les pommes, comme le concurrent japonais dans le Grand Bleu et de devoir expliquer à ceux qui me retrouveraient allongé et baignant dans ma bave à quel jeu stupide je jouais ?

Le second, qui s'apparente au trouble de déréalisation (mais qui dans mon cas est plus proche du premier), je l’expérimente TOUS LES JOURS en prenant la voiture pour aller au (ou rentrer du) travail. Je conduis et puis je laisse mes pensées voguer. En général, lorsque ça arrive, c’est que je suis coincé derrière un camion. Et alors c’est comme si je mettais mon corps en pause ou que mon esprit se désolidarisait de mon corps, que mon être physique et psychique se dissociaient. Je ne conduis plus : je roule. Je ne vois plus la route. Je sais qu’elle est là, quelque part, mais ce n’est pas elle que je regarde. Je vois des trucs qui me passent par la tête, mes propres histoires de vie, revues, parfois corrigées, des fantasmes, des projections d’avenir ou même des idées pour L'infection, mais pas le paysage qui défile. Et quand soudain "je me réveille", je me dis à chaque fois : "bon sang mais je suis déjà là !? J'ai rien vu passer !

Je sais, ça fait peur, hein ? Certains d’entre vous me croisent chaque matin et n’avaient jusqu’à maintenant jamais eu conscience de risquer leur vie, ce faisant… ^^
Si ça peut vous rassurer, cette transe ne m’a jamais causé un seul accident. Il semblerait que je sois quand même en état de veille dans ces moments-là, comme en pilote automatique. Je freine quand il faut, et je vois les obstacles, apparemment… D’ailleurs, quand je suis en "état dissocié", je ne fais rien de dangereux (genre doubler, ou me déporter sur le côté ou une autre voie…). Je suis, juste, celui qui est devant moi. Vous voilà rassurés, non ?

Ce trouble se manifeste également d’une façon un peu plus gênante pour moi (mais surtout pour les personnes qui me fréquentent) : on discute. Vous avez l’impression que je suis bien présent, que je vous écoute attentivement car j’acquiesce et je réponds aussi lorsque vous me posez des questions (jamais des réponses super développées, faudrait pas déconner non plus), mais en vrai, je ne suis pas là. Je suis un fil déroulé dans ma tête. Souvent à cause d’un mot que vous avez prononcé et qui m’a fait penser à un autre truc, puis à un autre, puis à un autre. Pourtant, mon regard n'a pas l'air fixe et vide... Vous avez l'impression que j'interagis, or c'est du bluff. Désolé... 
En fait, ce serait dû au stress de la vie quotidienne : une simple façon de s'extirper de la réalité, un twist du cerveau pour se protéger ou pour réparer des composantes abîmées ou mal ajustées. 

J’aime pas trop quand ça m’arrive, parce que d’abord, ça tendrait à prouver que je suis incapable de faire deux choses à la fois (le mal des mâles, paraît-il), et ensuite parce que j’ai peur d’être démasqué. Ma mère est experte à ce jeu. Elle sait tout de suite quand je suis aux abonnés absents. Ne vous méprenez pas : il ne s'agit pas d'irrespect ou de mépris pour mon vis-à-vis ou les sujets qu'il développe. C'est juste que mon taux de concentration est comment dire... quasi inexistant ou très limité en temps ? C'est un peu comme si une partie de mon cerveau prenait le reste de mon être en otage et l'enfermait dans une boite pendant quelques instants. Jamais très longtemps, heureusement. 

Bon, à part ça, ces deux troubles n’ont a priori rien d’extraordinaire. Ils ne font pas de moi un fou dangereux, ou un sociopathe potentiel. Beaucoup de gens les expérimenteraient à diverses fréquences. En vrai, c’est lorsque ça devient vraiment invivable (quand le trouble est compulsif, presque aussi fréquent - voire plus - que les moments de lucidité) que c’est dangereux. Ce n’est pas mon cas. J’arrive très bien à vivre avec ce qui s’apparente à de la distraction (très poussée). Et d’autant plus que je sais, maintenant, comment ça s’appelle réellement…

Alors pour ceux qui vivent avec moi au quotidien (qui me supportent), ceux avec lesquels je travaille, ceux que je côtoie souvent ou plus rarement, je vous remercie d’être indulgents avec moi.

Maintenant que vous savez, vous aussi ! ^^

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Published by E.H.BOYER - dans BITS OF MY LIFE
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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 10:50

Je vais vous raconter une petite histoire, qui date du début des anneés 90. A cette époque, j'étais gendarme auxiliaire à Saujon, en Charente Maritime, dans le cadre de mon service militaire obligatoire (voir ici et ici et ). J'aurais plein d'autres anecdotes à raconter sur cette période, tellement elle a été un tournant dans ma vie. Mais bon, ce sera pour une autre fois.

Cet épisode s'est déroulé un soir d'automne. J'étais affecté de patrouille de nuit avec le MDL-chef (Maréchal-Des-Logis-chef) Bertrand X. (affectueusement surnommé "Trambert" par les collègues). C'était une de ces nuits de pleine lune où on dirait que le commun des français moyens se donne le mot pour faire connerie sur connerie. C'était généralement lors de ces nuits qu'on avait une recrudescence d'appels pour viols, agressions et autres crises de paranoïa. C'est d'ailleurs depuis cette période que je suis intimement persuadé que la lune a un effet sur le comportement humain, qu'il soit physique ou entièrement psychologique...

Bref, ce soir-là, nous avions eu un certain nombre d'appels de civils et nous avions dû intervenir à plusieurs reprises. Nous étions fatigués. Or, le Centre Opérationnel de Gendarmerie (COG) nous a contacté une ultime fois aux alentours de minuit afin que nous nous rendions en pleine campagne, au secours d'une famille en plein divorce et dont le père, visiblement en crise de nerfs avait quitté le domicile à grands bruits, menaçant de revenir faire un carnage avec son fusil. J'avais 23 ans. La perspective de me retrouver face à un forcené armé en plein milieu de la nuit ne m'enchantait guère, mais bon... J'avais une mission. 

Nous sommes donc partis avec le Renault Trafic, "Trambert" et moi. Il nous a fallu une quarantaine de minutes pour arriver à destination. La maison de famille était située à une centaine de mètres au bout d'un chemin boueux à souhait, sur lequel mon chef n'avait pas eu coeur de s'engager. Il ne pleuvait pas, mais la couverture nuageuse épaisse, assortie du manque cruel de luminaires à cet endroit rendait l'atmosphère encore plus noire et poisseuse. Trambert avait coupé le moteur de la camionnette. Seules les diodes du tableau de bord éclairaient l'habitacle. Au fond du chemin, on distinguait une minuscule fenêtre éclairée.

Bon, Boyer, vous ne bougez pas d'ici, je vais voir sur place. J'emmène la radio. Au moindre problème, vous m'appelez.

Euh... OK chef...

ça va aller ? Ne vous inquiétez pas, il ne va rien se passer. 

J'ai esquissé un sourire en coin, gêné qu'il ait pu suspecter un début de trouille dans mon hésitation, et puis il est parti. Du coup, j'ai éteint le tableau de bord. Pas la peine de servir de cible si le fou revenait en douce. J'ai remonté les vitres assez haut, histoire de laisser passer un petit filet d'air dans l'habitacle sans trop m'exposer à une attaque surprise.

La silhouette de Trambert ne mit pas longtemps à être engloutie par la nuit. Je voyais à peine le faisceau de sa lampe se balancer au milieu du chemin. Il devait bien s'amuser à éviter les ornières et les flaques, dans ses petites chaussures basses en cuir réglementaires. Eh oui, car à l'époque, l'uniforme des gendarmes était tout sauf fonctionnel, comme celui qu'ils portent aujourd'hui. Finalement, je m'estimais chanceux de pouvoir rester tranquillement à l'abri dans le Trafic. Mais l'ennui de tarda pas. L'envie de fumer non plus. Un petit regard à droite, un petit regard à gauche, derrière aussi au cas où, et je me suis risqué à ouvrir ma porte, puis à descendre du véhicule... Il régnait un silence incroyable dans cette cambrouse charentaise. Pas un oiseau, pas un criquet, pas un seul battement d'aile de chauve-souris. De là où j'étais, il était impossible d'entendre le moindre son provenant de la maison. Trambert se serait fait trucider  à la petite cuiller que je ne l'aurais jamais su. Je tirais une cigarette de mon paquet de "Phimorons" et l'allumais. Le bruit de la braise que j'aspirais goulument me tirait du néant et me redonnait confiance.

Au bout de quelques minutes, j'entendis distinctement un bruit de pas lourd s'approcher sur le côté, suivi d'un long souffle fatigué. Il y avait aussi un genre de grincement sinistre, une genre de "groumpf-groumpf". Le mégot tomba de mes lèvres entrouvertes. Je sentais comme une main glacée autour de ma colonne vertébrale. J'avais la raie des fesses en sueur. Les mains tremblantes, je déclipsais mon Beretta et le sortis de son étui. J'enclenchais la culasse et mettais l'arme en joue vers le vide, là d'où semblait provenir le bruit qui se rapprochait inéxorablement. Je me voyais déjà égorgé dans ce cul de basse-fosse, les tripes à l'air. Un son que je ne reconnus pas sortit de mon gosier enrayé : 

Pas de geste brusque, c'est la gendarmerie. Montrez-vous, doucement !

Ridicule : on aurait dit un ado en mue. L'autre, imperturbable, continuait d'avancer. Je l'entendais souffler de plus en plus près. Le grincement m'évoquait le bruit de bottes en caoutchouc d'un paysan alcoolique s'enfonçant dans la gadoue à chaque pas. La panique m'étreignit. J'avais comme un réacteur nucléaire en surchauffe dans l'abdomen. 

Halte ou je fais feu ! (La phrase réglementaire à prononcer en sommation d'usage. On est censés le faire deux fois avant de tirer...). Le type n'obtempérait toujours pas.

Bordel ! 

Je gardais mon interlocuteur invisible en joue de ma bonne main, balayant hystériquement l'air dans toutes les directions tout en tentant d'attraper, de la main gauche, la torche Maglite posée sur le tableau de bord du trafic. Je me disais que le forcené allait profiter de l'aubaine pour me sauter dessus avec son fusil de chasse et qu'il allait me faire deux beaux trous à la place des yeux... Je finis par saisir la lampe que je braquais illico vers où venait le bruit, maintenant à quelques mètres de moi. Lorsque la lumière jaillit enfin, je découvris le monstre sanguinaire à quelques centimètres du fil de fer barbelé qui nous séparait. Il me regardait placidement, ruminant pour la énième fois je ne sais quel monceau d'herbe baveux et puant. Le flash de ma lampe se reflétait au fond de ses yeux vides, leur donnant un éclat verdâtre de cauchemar. Ma vessie faillit lâcher tout ce qu'elle contenait, mais tint bon, contre toute attente. Mon doigt ne se crispa pas sur la gachette. Seules mes lèvres se remirent à fonctionner :

Putain de saloperie de merde, j'ai eu la trouille de ma vie ! Espèce de connasse !

Soulagé, je respirais un grand coup. Je retirais mon index du pontet de l'automatique et appuyais frénétiquement sur la manette qui permettait d'escamotter le percuteur en toute sécurité. Puis je retirais le chargeur et actionnais la culasse de l'arme pour éjecter la cartouche logée dans le canon. Je le refis une deuxième fois, au cas où... (Sacro-saintes consignes de sécurité !)
J'avais failli coller un pruneau dans la tête d'un bovidé ! Bon sang mais quel idiot ! Un peu plus et je passais le restant de mon service militaire avec le doux sobriquet de "Mort aux vaches"...

Vexé de n'être qu'un petit froussard avec un pistolet, je remis tout en place puis rangeais le pétard dans son fourreau sur ma hanche droite et remontais dans le camion, que je pris soin de bien verrouiller, résolu à attendre le plus sereinement possible le retour de Trambert. 

Ce dernier revint d'un pas traînant un quart d'heure plus tard, clope au bec, sourire aux lèvres. 

Bon, tout va bien, ils se sont calmés... On peut aller se coucher. Tout s'est bien passé, ici ? 

Au poil, chef !

Je restais coi tout au long du trajet du retour. Je me suis évidemment bien gardé de lui raconter ce honteux épisode. D'ailleurs, personne à la brigade n'en a jamais rien su. On m'aurait retiré mon flingue illico et ça, il n'en était pas question.

Cela dit, cette petite histoire montre à quel point le fait de porter une arme peut être un poids, par moment... En fait, rétrospectivement, je m'aperçois que je n'aurais jamais pu être gendarme, justement à cause de ce poids. 

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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 13:30

D'aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours rongé les ongles.
Je me rappelle même que quand j'avais dans les 5-6 ans, j'arrivais à me ronger les ongles des pieds (véridique, même si c'est quelque chose d'assez dégueulasse dont je souhaite que mon futur biographe ne relate jamais l'anecdote, merci...).
C'est un fait, je suis un grand stressé de la vie et un rien m'angoisse. Là où je me sens plutôt normal, c'est que je suis loin d'être le seul. Certaines personnes mangent comme quatre et grossissent (ça m'arrive aussi), d'autre picolent (euh... rien...), d'autres fument (ça j'ai réussi à arrêter tout seul!)...
Certains font de l'eczema ou du psoriasis, d'autres ont des tics nerveux rigolos, bégaient parfois, ou alors trompent leur femme ou crottent leurs slips pour compenser. Moi je me ronge juste les ongles. 

Un vice que j'ai essayé tant bien que mal de faire passer (en vain) et qui fait de moi un associal infréquentable, presque un pestiféré, avec des Knakis Herta à la place des doigts. J'exagère à peine : je me rappelle même qu'un de mes correspondants allemands refusait de me serrer la main parce que "se ronger les ongles, c'est une habitude répugnante qui peut transmettre des maladies". Ben voyons... Alors que se torcher le cul trois fois par jour et éluder tranquillement le lavage de mains avant d'aller saluer les collègues, ou encore se gratter les pieds (ou les couilles - ou les deux!) avant de plonger la main dans le bol de cacahuètes ça, c'est pas très grave. Enfin bon...

- J'ai essayé la volonté. Malheureusement, je manque cruellement de cette vertu. En plus, la plupart du temps, je ne m'aperçois même pas que je suis en train de me ronger les ongles, tellement je suis habitué à le faire. Ou quand je m'en rend compte, c'est trop tard! Je me suis coupé un ongle ou un cuticule jusqu'au sang. Obligé de le finir à l'incisive... ECHEC!

- J'ai essayé le vernis amer. Au début, ça marche parce que le goût est immonde. Mais peu à peu, tout comme celui de l'endive ou du pois-chiche, de la câpre ou de l'anchois, on s'habitue à ce petit goût de bile et, sans forcément apprécier, on finit par ne plus s'en rendre compte. ECHEC!

- Au collège, j'ai essayé le vernis au goût de merde (ça existait dans les années 80, pour mon plus grand malheur...). Et là, ça a marché, sauf que je n'ai pas pu supporter cette infâmie plus d'une journée. Le problème principal étant qu'en plus du goût, ce vernis avait aussi une odeur qui se répandait dans l'air environnant au moindre mouvement. Dès que je frottais malencontreusement mes mains sur mes vêtements, mes stylos, mes cahiers, mes cheveux, dès que je serrais la main à un camarade, le plus suave des parfums de chiasse de poule se transmettait instananément à l'objet, au voisin touché, comme un mauvais influenzavirus. "Et pof! T'as la pécole!"
En gros, je puais la merde à des mètres à la ronde. Alors ECHEC!

- En arrivant en Soule, j'ai essayé les bâtons de réglisse. J'aimais bien cette période, puisqu'en plus de donner une haleine relativement fraîche (on m'a quand même plusieurs fois demandé si je buvais du Pastis en cachette...) j'ai nettement réduit l'onychophagie (le fait de se ronger les ongles, ça s'appelle comme ça, bande de noobs! Par contre, ne me demandez pas de le prononcer...). Mais la réglisse est un excitant cardiaque (il parait...) et le fait de rogner un bout de bois toute la sainte journée n'est ni esthétique visuellement (jolies les fibres jaunâtres entre les dents!) et auditivement ("chogne chogne chogne..."), ni très bon pour les ratiches. Je n'ai jamais été aussi souvent chez le dentiste qu'à cette époque. Et même si le dentiste en question (paix à son âme) était un ami, je n'aimais pas pour autant fréquenter son cabinet... ECHEC, là aussi! 

- J'ai essayé les bouts de ruban adhésif. Désagréables, très vite sales et pas très pratiques à l'ère de l'écran tactile. Et puis qu'est-ce qu'on a l'air con avec du scotch au bout des doigts! Surtout quand le grand patron débarque par surprise dans le bureau avec toute sa bande et qu'il faut serrer une dizaine de mains tendues... Les regards au départ chaleureux prennent vite une expression interloquée! J'ai cru lire dans leurs yeux un truc du genre : "mais c'est QUOI ce débile? Il fait du social, Castéra, ou quoi?" La honte m'envahit rien qu'en y repensant...
Bref : ECHEC!

- J'ai essayé les gants en latex. Et ça, c'est pas mal dans l'absolu. Bon, ok, ça fait un peu savant fou - limite proctologue, ou Dexter s'apprêtant à trucider joyeusement quelqu'un, mais en expliquant succinctement à son vis-à-vis surpris, ça passe, enfin généralement... Et là, je ne me ronge pas du tout les ongles. Rien que le goût du latex sur les lèvres est dissuasif!
Bon plan, donc, sauf quand le grand patron débarque par surprise et gnagnagna... Obligé d'enlever les gants, par politesse. Et là : gros malheur! La poudre blanche qui sert à favoriser le glissement du latex sur la peau a formé
au bout et entre les doigts - comme des grumeaux dont la consistance pâteuse et humide ressemble à s'y méprendre à...
Mais oui, c'est bien ça : à du vieux sperme! 
Grand moment de solitude : "Hum... OK. Pardonnez-moi, je vais me repoudrer le nez et je reviens...
EXIT le beau et héroïque Dexter. Bonjour le fils spirituel de Marc Dutroux!
ECHEC, encore! 

- J'ai essayé le sport intensif. Courir, j'adore ça et ça a un réel effet positif sur mon stress. Du moins j'adorais ça, jusqu'à ce que je me fasse venir une épine calcanéenne. Depuis, j'ai mis la pédale douce. C'est pas pour ça que je me suis mis au vélo, hein? Ah non m'sieur : ça fait trop mal au cul... ECHEC!

Bref, je vis cette onychophagie comme un vrai handicap : elle m'empêche de me sentir parfaitement bien dans ma peau et me donne l'impression de me trimballer cul-nu devant tout le monde, presque sans arrêt. Un sentiment d'infériorité assez pénible à vivre au quotidien. Quand je pose un oeil sur mes ongles, l'opprobre m'étreint. Même si, comme vous pouvez le constater, j'assume (puisque je vous en parle sans détour). 

Et d'ailleurs si je vous en parle, c'est dans l'espoir de recueillir le plus possible de témoignages et surtout d'astuces ou de recettes qui fonctionnent vraiment pour arrêter de me ronger ces putains de muthafackin' ongles. Alors que franchement, c'est même pas bon à manger, objectivement!
A votre bon coeur, m'sieurs-dames!

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 20:30

Ceux qui sont dans mes amis Facebook le savent déjà, puisque j'ai eu maintes occasions de leur en rabattre les oreilles depuis des semaines ;-)

Quant à ceux qui me lisent ici, ils doivent s'en douter, puisque j'ai laissé quelques pistes par-ci par-là... Ma vie personnelle a beaucoup changé en quelques mois : en décembre 2012, je me suis fait plaquer après 20 ans d'une vie commune avec ses hauts et ses bas ; j'ai déménagé ; j'ai vendu notre maison ; je suis parti aux États Unis d'Amérique pendant un mois... Dans l'intervalle, j'ai perdu plus de 30 kilos (c'est que j'avais à les perdre, diront les mauvaises langues, avec raison!).

Puis à mon retour, fort d'une énergie nouvelle, j'ai engagé une procédure de divorce à l'amiable (avec garde partagée des enfants) qui s'est achevée avec succès à la mi-mai 2014. Entretemps, au début du mois de novembre 2013, alors que j'avais commencé à abandonner tout espoir de trouver l'âme soeur, j'ai rencontré Carla. Et jamais j'aurais imaginé qu'un jour, toute cette nouvelle vie de célibataire ascète à laquelle je m'étais préparé (par la force des choses) pendant presque une année allait être aussi joliment et rapidement remise en question! 

Carla, elle aussi, sort aussi d'un mariage qui battait de l'aile. Mais j'avais repéré depuis très longtemps à quel point elle est belle : nous nous étions brièvement croisés au boulot chez GEMA WM, au printemps 1998, sans vraiment nous adresser la parole! Plus tard, je l'ai retrouvée qui traînait sa fille aux mêmes activités-loisirs que moi, mes gosses. On se disait "bonjour" du bout des lèvres ; j'étais très gêné et elle, visiblement timide. Je savais qu'elle avait ouvert une boutique de vêtements pour femmes à Mauléon. Je me rappelle même m'être fait cette réflexion à l'époque : "elle doit avoir une sacrée paire de cojones pour oser monter un commerce pareil dans une petite commune rurale désertifiée"! Je n'ai jamais pu m'empêcher de la regarder à travers sa vitrine, le plus discrètement possible, bien sûr, à chaque fois que je passais devant, ne serait-ce que pour apercevoir un reflet de sa longue et merveilleuse chevelure onduler dans un mouvement de tête gracile.

Quoi de mal à ça? Je n'avais rien à me reprocher : j'étais marié, amoureux et fidèle! Mais ça n'empêche pas d'apprécier la beauté d'une oeuvre d'art. Et Carla en est une d'une rare splendeur, croyez-moi... Rappelez-moi de féliciter son (ou ses) auteur(s), d'ailleurs! 

A tel point que je n'aurais JAMAIS imaginé une seconde qu'elle puisse s'intéresser à un type comme moi, un jour. Elle me semblait inaccessible, beaucoup trop belle pour moi, ou carrément d'une autre planète. 

Et pourtant... Il y a des choses mystérieuses sur terre. L'amour, par exemple, en est une. 

Carla, en plus d'être un canon interstellaire, elle est douce, généreuse, intelligente, attentionnée, démonstrative, entreprenante, elle aime mes enfants (qui le lui rendent bien) ; elle fait la meilleure soupe du monde et ses crêpes sont divines! Nous avons un paquet de points communs à la base, et tant d'autres à nous forger! 
Que demande le peuple???

Cela fait 8 mois que nous vivons ensemble et je ne lui ai toujours pas trouvé de défaut. Même pas de petit défaut, rien! Elle incarne tout ce dont j'ai toujours rêvé chez une femme : caractère trempé, féminité, bonté d'âme, humanisme, humour... Tout ça, Carla elle l'a! C'est mon rayon de soleil quotidien à moi, même lorsque l'été tarde à arriver.
Elle me rend heureux, mais heureux!!! ^^
Je ressens un feu perpétuel qui brûle à l'intérieur de mon corps dès que je pense à elle (cet à dire sans arrêt). 
Elle fait battre la chamade à mon coeur, elle me fait tourner la tête, j'ai tout le temps envie de la voir, d'être à ses côtés, de l'embrasser, de lui tenir la main... Un vrai gamin! 
Elle va en avoir marre, à force! 

D'ailleurs, et alors que je m'étais juré que JAMAIS on ne m'y reprendrait, je me vois bien lui tenir la main jusqu'à la fin de nos vies, que - du coup -  je souhaite très longues et très belles! Merci, Carla. Merci d'exister, de m'avoir trouvé et de m'aimer tel que je suis! Tu es la preuve que la vie vaut vraiment la peine d'être vécue... Je suis le veinard le plus chanceux de l'univers!
Je t'aime...

La voici, la voilà, cette Carla qui me fait tourner la tête!
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 12:30

C'est ce qu'on dit : le chien est le meilleur ami de l'homme. Je confirme.

Pollux, je l'ai sauvé d'une mort certaine en avril 1999. Il est né dans une exploitation agricole, dans laquelle les chiens étaient (et sont sans doute toujours) traités et utilisés comme des outils de travail. Pas seulement les chiens, d'ailleurs, mais c'est un autre débat...
Comme ses frères et soeurs, il était destiné à finir noyé dans le gave d'Ossau à peine quelques jours après sa naissance, mais j'ai pu le sauver. J'avoue, j'ai longtemps culpabilisé d'avoir laissé l'horrible bergère assassiner le reste de la fratrie, mais on ne peut pas accueillir tous les chiens perdus du monde, si?
S'il avait eu la malchance de devoir rester dans sa maison de naissance, il aurait vécu une vie de labeur, de privation et de famine et serait mort à 7 ou 8 ans, comme tous les chiens-esclaves. Mais il a eu de la chance : il a été éduqué, aimé, choyé, soigné, nourri, promené. Globalement, je peux dire qu'il aura eu une belle vie de 15 ans et 1 mois. 

C'était un toutou gentil, affectueux, qui aimait jouer avec les enfants et courir dans la montagne. En outre, il avait une qualité essentielle : il gardait son territoire et faisait fuir les témoins de Jéhovah! 
Il avait aussi ses défauts, bien sûr : il était braillard en voiture sur les trajets courts, il courait sans cesse après celle du facteur (ce qui lui a valu une patte arrière cassée), il poursuivait les moutons des fermes voisines dès qu'on ne le surveillait plus (ce que c'est que l'hérédité), et il aimait provoquer (voire dominer) les autres chiens, si possible les plus gros que lui, ce qui lui a valu des raclées mémorables (c'est généralement ce qui arrive quand on se frotte à plus fort que soi) et de longs moments de solitude chez le vétérinaire... Il était gourmand, aussi : il a fallu courir les cliniques vétérinaires de Charente un dimanche midi, après une ingestion intempestive de mort-aux-rats! Même chose lorsqu'il a attrapé la Piroplasmose... Mais à chaque fois, il s'en est sorti parce que ses maîtres veillaient au grain, si je puis dire...

Et puis, il a supporté sans rien dire les énièmes déménagements qu'on lui a fait subir, de Gotein à Mauléon, de Mauléon à Ordiarp, puis retour à Mauléon... Il nous a accompagné avec enthousiasme dans la plupart de nos déplacements et vacances, même si la voiture, c'était long, dès fois. Il adorait aller au parc de Libarrenx. C'était un peu son jardin, lorsque nous n'en avions plus. C'était un membre de la famille à part entière, le grand frère maladroit, tout poilu et toujours joyeux de mes enfants.

Et puis, en décembre 2012, lorsque notre famille a éclaté, il est resté avec "sa maman". Je ne pouvais pas loger de chien de son gabarit dans mon appartement, au second étage de la rue Victor Hugo. Je ne sais pas ce qui passait par sa tête à ce moment-là, mais à son comportement, je peux dire qu'il m'a toujours aimé, même si - en quelque sorte - je l'ai abandonné comme un faux frère... Très vite, son état de santé a commencé à décliner. Au printemps 2013, il avait commencé à maigrir, ses pupilles à s'opacifier, ses intestins à se lâcher. Ses pattes tremblaient, son coeur fatiguait très vite et il commençait sérieusement à refouler du goulot... Bref, il devenait vieux, si bien que je pensais qu'il ne passerait pas l'été. Mais il l'a fait. Il a même passé l'hiver 2013 et presque le printemps 2014. 

Mais quand le coeur fatigue, les reins sont moins bien irrigués et finissent par se déliter. C'est ce qui lui est vraisemblablement arrivé ces dernières semaines. Son état est devenu critique pendant le pont de l'ascension, alors que les enfants et de leur maman étaient partis en voyage dans les Bardénas. La gardienne de Pollux m'a appelé samedi matin. En arrivant sur place, j'ai bien vu que mon chien n'était plus que le tiers du quart de lui-même. Il était presque incapable de se lever, de marcher, et chiant le sang. J'ai dû le porter pour qu'il puisse entrer et sortir de la voiture, ce qui n'était pas trop difficile puisqu'il ne pesait plus que la moitié de son poids initial... Les analyses sanguines chez le vétérinaire étaient sans appel. Pollux allait mourir dans des souffrances atroces. Je le voyais, allongé et tremblant sur la table, inquiet, il avait l'air de très bien comprendre ce qui se passait. 

La décision est très lourde à prendre, je ne savais pas à quel point, jusqu'alors. Je parle de celle d'autoriser le véto à tuer son chien par injection létale. C'est très culpabilisant : suis-je un salaud, ou suis-je au contraire un type bien? Est-ce un meurtre? Est-ce que les raisons sont justifiées? N'aurait-il pas pu vivre un peu plus longtemps, au moins jusqu'à ce que les enfants puissent lui dire un dernier "au revoir"? Autant de questions existentielles qui m'ont traversé la tête à toute allure et jusqu'au vertige, avant que je ne signe l'autorisation. Je me souviendrai toujours du regard de Pollux au moment de l'injection, du long hurlement sourd qu'il a poussé - comme s'il avait compris que je le trahissais une seconde fois - avant que sa tête ne se fasse lourde. Quelques ultimes réflexes nerveux, et en cinq secondes, c'était fini. Il est mort dans mes bras.

J'ai tué mon meilleur ami, mais il est trop tard pour regretter...

 

Pollux au printemps 2005, au plateau de Letxaregibela

Le meilleur ami de l'homme...
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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 20:00

Lower-Antelope-Canyon-Arizona-USAEt voilà, je suis de retour après 6 semaines de pause. Je reviens frais et dispo, prêt à reprendre le boulot dans les meilleures conditions physiques (j'ai perdu 30 kilos en 8 mois) et mentales (je suis enfin libéré de tout ce qui me polluait l'esprit depuis quelques années). J'ai trouvé là-bas l'essentiel de ce que j'étais parti chercher.

Je suis donc revenu en Soule (que j'ai retrouvée exactement comme je l'avais quittée) avec grand plaisir. En dehors de ma famille et surtout de mes enfants, ce qui m'a le plus manqué, c'est le piment d'Espelette! J'en fais une cure en ce moment, comme pour rattraper le temps perdu :D

Alors je confesse que mon esprit vaque encore de temps en temps du côté d'Antelope Canyon ou de Baker Lake, mais je sais que tôt ou tard, il réintègrera complètement son enveloppe charnelle. Il faut juste lui laisser le temps...
J'ai déjà vécu cette situation il y a un peu plus d'une vingtaine d'années, lorsque j'étais allé aux USA avec le lycée. Je sais que ce n'est pas une sensation qui dure. 

Near-Shuksan-Lake-Washington-USALe voyage en solo n'est pas à considérer comme une fuite en avant, mais plutôt comme une façon de voir autre chose, de se vider la tête, de prendre du recul et de faire le point sur sa vie. Dans ces conditions, on ne vit plus que pour soi, à son propre rythme, sans entrave et sans aucun compromis moisi à faire. C'est ce que j'ai fait et c'est très efficace pour cicatriser les plaies de l'âme.

Bien sûr, il y a toujours des petites choses en soi qu'on ne peut pas changer car trop profondément gravées dans "nos gènes". Mais on va dire que les parties les plus noires et les plus lourdes de la tourmente ont été balayées, comme pulvérisées à travers les réacteurs de l'avion.

Aujourd'hui, je me sens apaisé, heureux, libre et l'avenir ne m'apparaît plus comme un long tunnel obscur aux méandres parsemés de lames de rasoir. Tout (ou presque) est désormais possible.

La vraie vie commence maintenant. Il est temps : demain, j'aurais 42 ans...

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 17:01

Fotolia_19234834_XS.jpgCeux qui lisent mon autre blog savent déjà que je vais partir aux USA dans quelques semaines. Tout est prêt (ou quasi), et le D-Day est prévu pour le 12 juillet.


Il me tarde de partir. J'ai vraiment grandement besoin de voir autre chose, de me retrouver seul avec moi-même, sans autre chose à faire que de vivre pour vivre. En même temps, j'ai un peu peur aussi, car ce voyage, même si je l'ai assez bien organisé (tout seul), laisse quand même part à pas mal d'imprévu.


C'est plutôt bien : j'ai besoin de casser ma routine, d'imaginer que tout est possible.


Bien sûr, j'ai prévu de revenir (normalement, je reprends le boulot le 26 août, juste avant mon anniversaire) mais dans un pays où l'on trouve des crotales, des pumas et même des grizzlis, où les armes de gros calibre sont en libre circulation et où un certain nombre de détraqués opèrent tranquillement sur tout le territoire, et ce malgré pléthore de forces de l'ordre, de renseignement et de systèmes de surveillance, qui sait ce qui pourrait m'arriver? 


Alors oui, j'ai aussi un peu d'appréhension. Mais je mets ça sur le compte du frisson de l'aventure ;-)

Mais le plus important, outre les sources que je vais chercher pour le tome 2 de L'infection, c'est que j'espère que ce voyage et notamment le passage sous le soleil de l'Arizona va faire fondre la glace qui garde mon coeur en stase depuis décembre. Cette glace que je n'ai pas vue (ou voulu voir), mais qui est bien là, en latence depuis des années, en fait.

Je veux revenir en Soule avec un "S" de Superman gravé dans la chair. Au sens figuré, bien sûr...

Je veux enfin ressentir quelque chose. Quelque chose de vrai, de beau, de durable, voire d'éternel. Est-ce trop demander?


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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 18:59

2013-EROS.jpgPour certains d'entre nous (plus nombreux que je le pensais, en fait), la fin du monde tel que nous le connaissions a bien eu lieu en 2012 (lire ici, , et en ce qui me concerne).


2013 vient de passer avec son lot de bonnes résolutions habituelles et jamais tenues.


Voici les quelques miennes :


- Mieux m'occuper de mes enfants.

- Virer Facebook de ma vie (à partir du mercredi 2/1/13).

- Me remettre à écrire la suite de L'infection.

- Continuer à perdre des kilos jusqu'à mon poids idéal. Aujourd'hui, je me suis pesé : 99kg. J'ai perdu 8 kilos en un mois...

- Rebondir, retrouver la joie et l'envie de vivre.

- faire du sport (oh putain...), marche, running, VTT.

 

J'ai conscience que ça ne va pas être du gâteau, que je vais devoir me forcer pour un certain nombre de choses, mais je n'ai plus trop le choix, aujourd'hui...

 

Je vous souhaite à tous une belle année pleine d'espoir et de courage, de réussite et de bonheur.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 10:06

On se dit que jamais ça ne nous arrivera à nous, que nous sommes différents des autres, solides, indestructibles, immortels. On se dit qu'on a déjà passé des obstacles bien plus complexes à gérer, que jusqu'ici, rien n'a pu altérer nos sentiments, restés purs malgré tout.

 

C'est tellement vain, tout ça, finalement. Tellement naïf.

 

Attendre 20 ans avant de s'apercevoir qu'on a bâti un colosse d'argile sur des pilotis vermoulus, en zone sismique et inondable... C'est sûr : le promoteur s'est bien foutu de ma gueule.

Alors on se dit que c'est un cauchemar, qu'on va finir par se réveiller en sueur et même en rire. Mais non. C'est bien réel. Tout ce qu'il y a de plus réel... 

 

Alors que dire, que faire lorsque tout ce en quoi vous avez toujours cru s'écroule autour de vous? Comment trouver la force de se relever, d'y croire encore?

Il n'y a aucune recette miracle. Il faut boire la coupe de vitriol jusqu'à la lie et sans vomir ; toucher le fond du lac noir et essayer de remonter, malgré les algues moisies qui vous retiennent et la glace qui se reforme inexorablement au dessus de votre tête.

 

La seule chose qui soit encore (et toujours) vraie et positive, c'est que la route va toujours devant soi. Il faut la suivre sans regarder en arrière et sans regretter, parce qu'il n'y a pas d'autre alternative, pas d'autre voie.

Alors "on avance", comme dirait Alain Souchon. Ou du moins on essaye...

 

Joyeuses fêtes quand même :-)

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